Dimanche 20 juillet 2008, 17h30 environ :
J’arrive sur l’autoroute A4 en venant de la ZI Brumath. Strasbourg Sud est à une quinzaine de kilomètres, ma soirée tranquille est à une quinzaine de minutes de là, j’ai hâte d’être chez moi, je savoure à l’avance.
Voie d’accélération, un coup d’œil dans l’angle mort, un coup d’accélérateur : le voyant « réserve » qui s’allume.
Mer-de !
Je vais être obligée de faire un détour, mettre à mal ma relative insouciance du moment à la vue du prix de l’essence, et surtout perdre de ce temps précieux que j’avais déjà largement planifié à m’occuper de… ne rien faire.
Et si je me laissais aller à la tentation de la paresse ? Après tout le voyant vient à peine de s’allumer et j’arriverai largement jusque Strasbourg Sud… Oui, mais non. Vendenheim et sa zone commerciale sont à 4 kilomètres seulement, au moins ça sera fait.
Tiens…
C’est bizarre, la voiture toussote. Pas de panique, avec cette voiture il faudra que je m’habitue aux réactions « bizarres ».
120… 110…. 100…… 90…… 80……….
Je passe la 4e, vite, sans paniquer, ça lui redonnera un coup de boost !
70…… 60…..
Warning ! 3e ! Là je panique un peu. Panneau « Sortie Vendenheim 1000m ».
50…… 40……….
Bande d’arrêt d’urgences. Signe de croix. Inspiration. Expiration.
30….. 20…. 10….
Arrêt.
Non.
Je refuse.
Je ne veux pas être là, sur cette bande d’arrêt d’urgences, un dimanche, en panne.
Je ne VEUX pas.
D’ailleurs, je ne suis pas en panne. J’ai fais 3 ou 4 kilomètres tout au plus depuis que le voyant réserve s’est allumé, c’est absolument impossible que ce soit une panne d’essence, d’ailleurs cette foutue caisse va redémarrer immédiatement.
Ok. Ma voiture semble avoir autant de volonté à redémarrer, que moi à passer ma fin d’après midi sur une bande d’arrêt d’urgences.
Meeeerrr-deeee !!!!
Pas de panique.
MMMMEEEEEEEERRRRRRRRR-DEEEEEEEEE !!!!
Appel Philippe…
Répondeur.
Appel Yoann….
Répondeur.
Appel Olivier….
Répondeur
Je hais les dimanches.
Je hais cette lascivité qui nous pousse alors à nous « isoler » un peu, loin de notre téléphone portable, pour se reposer. On ne se repose pas quand on a une amie en panne sur une bande d’arrêt d’urgences !!!
Appel Mick… « Allo ?
- Ptin mik s’orrible, j’ui en ‘anne u’l’auto’out ! ptin ptin ptin !!!
- quoi ?
- c’est horriiible ! panne ! sortie ZI Brumath ! Réserve, mais pas avant ! à 1 kilomètre de Vendenheim ! 3 ou 4 kilomètre sortie ! Seulement roulé peu sur réserve ! Pas possible essence ! fumée moteur ! Philippe avec toi ? »
Voilà pourquoi j’ai appelé des mecs.
Parce que j’estime qu’en deux minutes, avec ce style d’explications, ils doivent me trouver une solution rapide et efficace qui ne demandera aucun effort de ma petite personne.
C’est dans ces moments là que je me dis que j’ai encore foi en l’espèce masculine. Que je crois encore en leur supériorité à nous sortir, nous, pauvres petites femelles fragiles, de toutes sortes de situations complexes qui nous font paniquer à peu près autant que lorsqu’on se rend compte qu’un habit soldé n’est plus disponible à notre taille.
15 minutes de conversation plus tard (en duplex avec Philippe qui est en ligne sur le fixe de Mick) je ne crois plus en rien.
Le bilan est le suivant :
- personne ne peut venir m’aider sur une autoroute, c’est interdit
- il faut que j’appelle une dépanneuse agrémentée par la société d’autoroute, ça m’en coûtera environ 150 €
- si je suis en panne d’essence, je vais manger une amende
- il y a une borne tous les deux kilomètres environ, et je suis bien évidemment obligée d’appeler d’une borne.
- pire que tout : je n’ai plus une seule foutue cigarette !
La seule chose à laquelle je crois encore, ou plutôt, je crois enfin, c’est à la dangerosité des bandes d’arrêt d’urgence.
Vu de la route, à 130 km, ça a l’air très cool une bande d’arrêt d’urgences, on s’y verrai presque y faire un pique nique tiens !
Vu de la bande elle même, debout, à regarder ma voiture 10mètres plus loin être secouée à chaque passage de poids lourd, à ne rien entendre d’autre que ces centaines de voitures qui passent à 130 km/h dans mon dos… c’est pas cool du tout.
Je ne crois plus en rien, je suis déjà ici depuis plus de 20 minutes, je ne veux pas marcher 2 kilomètres le long de cette foutue bande d’arrêt d’urgences, je ne veux pas être moi, ici, à ce moment là.
J’ai besoin d’être apaisée, écoutée, réconfortée…
Appel Dothée… « Allo ?
- salut….
- Ça va ?
- Non, je suis en panne sur l’autoroute.
- Où ? j’arrive.
J’ai encore foi en l’espèce féminine.
Entre temps, Philippe m'a aussi rappelé pour me propose de venir.
J'éclate de rire toute seule sur l'autoroute. Une emmerdeuse/looseuse je suis !
30 minutes plus tard elle est là, un bidon d’essence à la main, une cigarette (éteinte) dans l’autre.
18h45 je suis chez elle, un grand verre d'eau fraiche à la main. Heureuse, et reconnaissante.
Je ne m’attarderai pas sur les détails de comment on a poussé la voiture le plus loin possible sur le bas coté dans l’herbe pour effectuer l’opération ôh combien périlleuse de mettre 1 litre d’essence ou deux, vite fait, dans le réservoir (qui se trouve coté conducteur sur ma voiture). C’était dangereux et je n’en suis pas fière.
Cependant, je précise que la jauge d’essence de ma voiture a un problème.
Bref, publiquement, merci Dothée d’être venue, merci Philippe de t’être proposé, merci Mike de m’avoir écouté crier, pleurer, exploser de rire, au téléphone.
Et surtout, merci Sandra pour la vanne : « si jamais les flics se pointent quand Dothée arrivera, tu dis que tu pouvais pas marcher jusqu’à la borne parce que tu t’es foulé la cheville, un truc comme ça »
Mais bien sûr :
- bonjour monsieur l’agent, je suis désolée d’avoir demandé à une amie de venir me secourir sur l’autoroute, mais vous savez, je viens de
faire 30 km en voiture avec une double fracture ouverte aux deux pieds, et je ne pouvais décemment pas marcher jusqu’à la prochaine borne d’appel d’urgences. Vous comprenez ?
Dimanche 20 juillet, 20h30 environ, dans une voiture :
E : - bon dans ces bleds là, y’a toujours des restos à flam, on va bien finir par trouver...
J : - oui… et puis on a le temps de tourner, moi j’ai mis de l’essence !
P + P + J : - ah ha ha ha ha ha ha ha !
Je sens que je vais en entendre parler longtemps de cette histoire….
:)
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