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Mercredi 10 septembre 2008

Le battement d’aile du papillon. Jolie métaphore du lien de cause à effet, du détail qui peut engendrer le chaos ; cet instant dont on ne sait pas encore qu’il vient d’enclencher un processus et de changer notre vie à jamais.

 

Le fil… celui qui nous retient à notre vie routinière. Transparent, infiniment petit et fragile, ce fil que nous ne voyons que lorsqu’il casse. La théorie du couperet, plus cruelle, métaphore un peu plus sanglante, sentence immédiate : à cet instant notre vie change à jamais.

 

Dans les deux cas, il y a cet instant, et la seconde d’après…

 

Ici, le hasard devient « accident » ; la négligence, remord ; et le souvenir, torture. Le fil est cassé, il n’y aura plus de battement d’aile du papillon.

 

Renverser un enfant qui s’est jeté sous ses roues, laisser une casserole d’eau bouillante sur le feu, oublier de vider son chargeur qui contient des vraies balles, prendre ce chemin là, et pas un autre. Parce que la routine ne se réfléchit pas et que le drame naît souvent de l’inattention. Il y aurait matière à débattre, mais j’aimerais aujourd’hui parler d’un cas en particulier…

 

Il est sûrement aux alentours de 9h… boulot, réunions, beaucoup de choses à penser. Une journée comme une autre, qui passe comme des milliers d’autres. Rien de particulier, ni grande joie, ni grosse peine, juste une routine très certainement stressante qui ne laisse de place à rien d’autre qu’à de la fatigue.

Un fil est pourtant en train de se casser. Un fil que personne ne voit pour l’instant.

Metro, boulot, dodo.

Sauf qu’il n’y aura bientôt plus jamais de dodo serein.

Plus de boulot, sans doute.

Et plus de metro. Il n’y en a jamais eu, cet homme prend sa voiture.

 

Quelle heure est-il quand il se rend compte qu’il a laissé son enfant dans la voiture, en plein soleil ?

Est-il nécessaire de qualifier par un adjectif ce qui vient de se produire ?

Oublier un enfant, toute une journée, dans une voiture, et le condamner. Quel monstre peut faire ça ?

Un homme ordinaire.

 

Je sais bien que mes propos peuvent paraître choquants, je suis moi même scandalisée par la mort de cet enfant, mais je pense aussi qu’un homme, même vivant, est… mort, ce jour-là. Quel que soit le sort qui lui sera réservé (et le châtiment dûment attribué) rien ne sera, sans doute, à la hauteur de la culpabilité qui va le ronger désormais, jour après jour, au milieu de sa vie en ruine. Il est devenu « l’homme qui a laissé son enfant mourir dans la voiture ». Il ne sera plus jamais rien d’autre.

Quelle heure pouvait il bien être quand cet homme a vu que le fil de sa petite vie tranquille venait de rompre ?

 

Je ne lui trouve aucune excuse. Je ne suis pas à même de juger s’il mérite un pardon, je réfléchit juste et je me dis que quand j’étais petite j’ai un jour joué à traverser la route derrière chez moi en courant… pour faire peur aux voitures qui passaient et les forcer à freiner d’urgences...

C’est une voisine qui a alerté ma mère. A temps pour que cette histoire devienne quelque chose dont je rougis en me disant que j’étais inconsciente. A temps pour que ma mère ne soit jamais « la mère qui a laissé sa fille jouer sans surveillance sur une route très empruntée ».

De la chance. Personne n'aura à se torturer en repensant à ce qu'il aurait du faire, ou ne pas faire...

 

 

Parce que malheureusement, l’être humain n’a pas encore inventé la machine arrière, il ne vit que ses « secondes d’après ».

 


 

 

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